La conversation, les styles et les réglages
L’interface de conversation vue comme un outil de travail : gérer l’historique, reprendre un message, imposer un style durable, et savoir quel réglage agit sur quoi.
À la fin de ce chapitre, vous saurez
- Utiliser la reprise de message au lieu d’empiler les corrections
- Imposer un style de réponse durable plutôt que de le redemander à chaque fois
- Organiser son historique pour retrouver ce qui a marché
- Savoir quel réglage s’applique à quoi, et lequel a la priorité
Dans ce chapitre
L’interface de conversation paraît trop simple pour mériter un chapitre : un champ de saisie, un fil de messages. C’est précisément pour cette raison que la plupart des gens n’en utilisent qu’une fraction.
Ce chapitre traite l’interface comme un outil de travail, avec ses gestes et ses réglages.
Les quatre niveaux de consigne
Avant tout le reste, il faut comprendre où l’on pose une instruction, parce que cela détermine sa portée et sa durée de vie.
| Niveau | Portée | Ce qu’on y met |
|---|---|---|
| Réglages de l’organisation | Tous les comptes | Politique, connecteurs autorisés, restrictions |
| Style de réponse | Toutes vos conversations | Ton, longueur par défaut, formules interdites |
| Instructions de projet | Toutes les conversations d’un projet | Contexte métier, méthode, vocabulaire, gabarits |
| Message | La conversation en cours | La demande, et ce qui déroge au reste |
Ces niveaux se cumulent, du plus général au plus spécifique, et le plus spécifique l’emporte généralement. C’est ce qui vous permet de déroger ponctuellement à votre style sans le modifier.
Reprendre un message plutôt que corriger
C’est le geste le plus sous-utilisé de l’interface, et il change la manière de travailler.
Chaque message que vous avez envoyé peut être repris et modifié. La conversation repart alors de ce point : tout ce qui suivait disparaît du contexte.
Pourquoi c’est important ? Le chapitre 8 l’a montré : une mauvaise réponse laissée dans le contexte continue d’influencer les suivantes. En corrigeant par un nouveau message, vous gardez la mauvaise réponse sous les yeux du modèle et vous vous exposez à l’oscillation. En reprenant le message d’origine, vous repartez propre.
La règle pratique :
- La réponse est bonne mais incomplète → nouveau message.
- La réponse est à côté parce que votre demande était mal cadrée → reprenez le message.
Les versions successives d’un message restent accessibles, ce qui permet aussi d’explorer des branches : essayer un cadrage, revenir, en essayer un autre, comparer. C’est particulièrement utile pour comparer deux formulations d’une même demande sur un texte à enjeu.
Le style de réponse
Un style de réponse est une consigne permanente appliquée à toutes vos conversations. Il y a des styles proposés, et surtout la possibilité d’en créer.
C’est là que doit vivre tout ce qui relève de vos préférences durables — et nulle part ailleurs.
Écris en français, sans jamais commencer par reformuler ma question. Longueur : va à l’essentiel. Si la réponse tient en trois phrases, ne fais pas trois paragraphes. Ne conclus pas par un résumé de ce que tu viens d’écrire. Format : des paragraphes, pas des listes à puces, sauf si je demande une liste ou si le contenu est réellement énumératif. Ton : direct et professionnel. Pas de compliment sur mes questions, pas de « excellente remarque », pas d’enthousiasme de commande. Interdits : « il est important de noter », « n’hésitez pas à », « dans un monde où », « plongeons dans », points d’exclamation, emojis. Incertitude : quand tu n’es pas sûr, dis-le en une incise, sans paragraphe de précaution.
Trois principes pour un bon style.
Court. Dix à quinze lignes. Un style long est un style que vous ne relirez jamais et qui consomme du contexte à chaque conversation.
Plus d’interdictions que de consignes. Les travers par défaut sont prévisibles ; les nommer les supprime.
Rien de spécifique à un projet. Le style vaut partout. Le contexte métier va dans les instructions de projet.
Reprendre le fil au bon endroit
Un usage régulier produit vite des centaines de conversations. Trois habitudes suffisent à s’y retrouver.
Renommer les conversations qui comptent. Le titre automatique est correct mais générique. Une conversation renommée « Grille entretien dev senior — v3 validée » se retrouve six mois plus tard.
Marquer ce qui a marché. Quand une conversation a produit un excellent résultat, ne comptez pas sur votre mémoire : c’est le moment de la transformer en compétence ou en instruction de projet. Voir les chapitres 14 et 17.
Fermer plutôt que laisser courir. Une conversation qui a atteint son but se termine. La rouvrir trois semaines plus tard pour un sujet voisin, c’est repartir avec un contexte pollué.
Ce que l’interface fait sans vous le dire
Trois comportements qu’il vaut mieux connaître.
La condensation de l’historique. Sur une longue conversation, les échanges anciens sont résumés. Vous ne recevez pas d’alerte — voir le chapitre 3 pour les symptômes.
Le déclenchement automatique d’outils. Recherche web, exécution de code, compétences : Claude les mobilise de lui-même quand il le juge pertinent. Vous voyez généralement qu’il l’a fait. Si un outil se déclenche à tort, dites-le explicitement : « ne cherche pas sur le web, réponds à partir du document joint ».
Les pièces jointes restent actives. Un document joint au troisième message reste dans le contexte jusqu’à la fin. Sur une conversation qui change de sujet, cela consomme de la place pour rien — une raison de plus de changer de conversation.
Dicter, coller, capturer
Trois entrées souvent ignorées, chacune avec son usage propre.
La dictée. Pour les demandes longues et exploratoires. On parle plus vite qu’on n’écrit, et le contexte donné à l’oral est presque toujours plus riche. La transcription est ensuite corrigée par Claude lui-même si nécessaire.
Les captures d’écran. Claude lit les images. Une capture d’un tableau de bord, d’un message d’erreur, d’une mise en page qui ne va pas — c’est souvent plus rapide et plus précis que de décrire.
Le collage de texte long. Utile pour un extrait ciblé. Pour un document entier, joignez le fichier : le chapitre 11 explique pourquoi la différence est importante.
Une conversation menée comme un outil
La situation
Vous préparez une intervention de trente minutes devant un comité, à partir d’un dossier que vous connaissez mal.
Le cadrage, en dictée
Vous dictez trois minutes de contexte : qui sera dans la salle, ce que chacun cherche à savoir, ce que vous voulez obtenir, ce qui s’est mal passé la dernière fois. Trois minutes de parole donnent un contexte que vous n’auriez jamais pris le temps d’écrire.
La branche que vous n’avez pas prise
Vous demandez un plan. Il ne vous convient pas. Plutôt que de le corriger, vous reprenez votre message et changez une seule phrase : « le comité a déjà validé le principe, il s’agit de trancher entre deux options ». Le plan produit n’a plus rien à voir — et vous pouvez comparer les deux branches.
La capture
Une diapositive du dossier vous paraît illisible. Vous la capturez et demandez : « ce graphique est-il honnête ? Que montre-t-il, que cache-t-il, et quelle question un lecteur attentif poserait-il ? »
La fermeture
La conversation a produit un plan solide et trois réponses aux objections. Avant de fermer, vous demandez la méthode réutilisable, et vous la versez dans votre projet « Comités de direction ». La prochaine préparation partira de là.
Ce qu’il faut retenir
Vérifier que c’est passé
3 questions. Rien n’est enregistré, rien n’est envoyé : c’est pour vous.
Écrire son style de réponse
Retrouvez trois réponses de Claude que vous avez trouvées particulièrement bonnes, et trois que vous avez trouvées agaçantes. Listez ce qui les distingue : longueur, présence ou absence d’introduction, tutoiement, usage des listes, formules récurrentes. Transformez cette liste en style de réponse personnalisé, avec autant d’interdictions que de consignes positives. Utilisez-le une semaine, puis corrigez-le.
Un indice, si vous bloquez
Les meilleurs styles tiennent en dix lignes et contiennent au moins trois interdictions nommées. Un style long est un style que vous ne relirez jamais.