Les Projects
L’espace de travail qui porte votre contexte durable : documents de référence, instructions permanentes, gabarits. Comment en écrire un qui tienne, et comment le faire vivre.
À la fin de ce chapitre, vous saurez
- Décider ce qui va dans un projet et ce qui reste dans une conversation
- Écrire des instructions de projet qui produisent un résultat stable
- Choisir les documents de référence sans saturer le contexte
- Faire vivre un projet plutôt que de le laisser se périmer
Dans ce chapitre
Un projet est un espace de travail qui porte trois choses : des instructions permanentes, des documents de référence, et l’ensemble des conversations qui s’y rattachent. Toute conversation ouverte dans le projet en hérite automatiquement.
C’est la réponse structurelle au problème posé depuis le chapitre 1 : Claude ne connaît pas votre organisation. Un projet la lui donne, une fois pour toutes.
Ce qui change concrètement
Sans projet, chaque conversation repart de zéro. Vous recollez votre contexte, votre charte, votre plan type — ou vous ne le faites pas, et vous obtenez du générique.
Avec un projet, ce contexte est présent à chaque conversation sans occuper l’historique. C’est une différence importante par rapport au fait de le coller dans un message : les instructions de projet ne se font pas pousser dehors quand la conversation s’allonge. Le chapitre 3 explique pourquoi cela compte.
La bonne granularité
C’est la décision qui détermine si vos projets serviront ou non.
Trop large. Un projet « Mon entreprise » finit avec quarante documents hétérogènes et des instructions si générales qu’elles ne disent rien. Le contexte est chargé, la précision est nulle.
Trop étroit. Un projet par dossier client, c’est une administration à tenir pour un bénéfice marginal.
La bonne unité est le contexte de travail récurrent : une tâche que vous refaites régulièrement, avec les mêmes règles et les mêmes références.
Des exemples qui fonctionnent : « Appels d’offres publics », « Comptes rendus de comité », « Documentation produit », « Réponses au support », « Notes juridiques », « Contenus LinkedIn ».
Le test : si deux tâches n’ont ni les mêmes règles ni les mêmes documents, ce sont deux projets.
Écrire les instructions
C’est le cœur du projet, et la partie que la plupart des gens bâclent. Une bonne instruction de projet contient cinq blocs.
## Contexte Nous sommes [quoi], nous faisons [quoi], pour [qui]. Ce qui nous distingue : [précis, pas de slogan]. Notre marché : [en une phrase]. ## Ce que je te demande dans ce projet Le type de travail attendu ici, et rien d’autre. Si je te demande autre chose, dis-moi que ce n’est pas le bon projet. ## Vocabulaire imposé On écrit « collaborateur », jamais « employé ». On écrit « prestation », jamais « mission ». On ne dit jamais « solution » pour parler de notre offre. ## Format par défaut [Le gabarit, ou le plan type, ou la structure attendue.] Sauf demande contraire dans le message, applique ce format. ## Interdits permanents Formules à ne jamais utiliser : [liste]. Ne jamais inventer de chiffre : si une donnée manque, écris « à compléter » et signale-le en fin de réponse. Ne jamais citer de client nommément.
Trois principes qui distinguent une instruction utile d’une instruction décorative.
Écrivez ce qui est faux ailleurs. « Sois professionnel » ne dit rien : Claude l’est déjà. « On écrit collaborateur, jamais employé » dit quelque chose de vérifiable.
Mettez les interdits. Ils sont plus efficaces que les consignes positives, pour les raisons vues au chapitre 6.
Ajoutez la clause de garde. « Si je te demande autre chose que [le périmètre], dis-moi que ce n’est pas le bon projet. » Cette phrase évite que le projet dérive et finisse par servir à tout.
Les documents de référence
Un projet peut porter des documents. Ils sont disponibles dans toutes ses conversations.
Ce qui a sa place : votre charte éditoriale, vos gabarits, votre grille tarifaire, votre glossaire interne, une plaquette produit, des exemples de livrables réussis, la documentation d’une méthode.
Ce qui n’a pas sa place : les documents volumineux et rarement utiles, les dossiers d’un client particulier, tout ce qui change chaque semaine.
Le critère est le rapport entre le poids et la fréquence d’usage. Un document de deux cents pages consulté une fois par mois se joint ponctuellement ; il n’a rien à faire en permanence dans un projet.
Les exemples valent plus que les règles
Le point le plus sous-exploité des projets.
Un document contenant trois livrables réussis vaut mieux que deux pages de consignes de style. Le chapitre 6 l’a établi : un exemple fixe simultanément la longueur, la structure, le registre et le niveau de détail.
Constituez un document « Exemples de référence » contenant, pour chaque type de livrable du projet, un exemplaire que vous jugez réussi. Précisez dans les instructions : « Le document Exemples de référence fixe le style attendu. Aligne-toi dessus. »
Et respectez la mise en garde du chapitre 6 : variez vos exemples, sinon ils enferment.
Faire vivre un projet
Un projet est un objet vivant. Trois habitudes suffisent.
Corriger l’instruction, pas la réponse. Quand vous devez faire la même correction pour la troisième fois, arrêtez de corriger et ajoutez une ligne aux instructions. C’est le seul réflexe qui compte vraiment.
Verser les réussites dans les exemples. Un livrable particulièrement bon rejoint le document d’exemples.
Réviser tous les trimestres. Les instructions comme les documents. Ce qui ne sert plus sort.
Voici les instructions actuelles de ce projet. En te fondant sur nos conversations récentes dans ce projet : 1. Quelles instructions n’ont visiblement servi à rien ? 2. Quelles corrections t’ai-je faites plusieurs fois, qui devraient être des instructions ? 3. Y a-t-il des instructions qui se contredisent ? 4. Quelles instructions me font perdre du temps parce qu’elles sont trop générales pour être appliquées ?
Un projet « Réponses aux appels d’offres »
La situation
Vous répondez à une quinzaine d’appels d’offres par an. Chaque réponse mobilise les mêmes références, le même ton, la même structure — et vous recommencez le cadrage à chaque fois.
Les instructions
## Contexte Cabinet de [métier], [effectif] personnes, basé à [ville]. Nous répondons à des appels d’offres publics et privés dans [secteurs]. Notre différenciation réelle : [précis]. Notre point faible connu : notre taille, qui inquiète les gros donneurs d’ordre. ## Ce que je te demande dans ce projet Analyser des cahiers des charges, préparer et rédiger nos réponses. Si je te demande autre chose, signale-moi que ce n’est pas le bon projet. ## Méthode imposée Sur tout nouveau cahier des charges, commence TOUJOURS par : 1. la liste exhaustive des exigences obligatoires, avec leur référence 2. celles auxquelles nous ne répondons pas aujourd’hui 3. les critères de notation et leur pondération 4. les pièces à fournir, et lesquelles se préparent longtemps à l’avance 5. les questions à poser à l’acheteur avant la date limite Ne rédige aucune partie de la réponse avant que j’aie validé ce cadrage. ## Vocabulaire « Cabinet », jamais « société ». « Intervention », jamais « mission ». Nous ne parlons jamais de « solution » ni d’« accompagnement ». ## Interdits Ne jamais inventer une référence client, un chiffre ou une certification. Si une information manque, écris « [À COMPLÉTER : …] » et récapitule ces trous en fin de réponse. Ne jamais promettre un délai que je n’ai pas validé.
Les documents
La plaquette, la grille tarifaire, la liste des références autorisées à être citées, et un document « Exemples » contenant trois réponses gagnantes — dont une sur un marché que vous aviez failli perdre, pour montrer comment une faiblesse s’assume.
Ce que ça change
Le cadrage d’un nouvel appel d’offres passe de deux heures à vingt minutes. Et la mention « [À COMPLÉTER] » fait apparaître, à chaque réponse, la liste exacte de ce qu’il vous manque — c’est-à-dire la vraie liste de vos actions.
Six mois plus tard
Vous relisez les instructions. Vous constatez que vous corrigez systématiquement le même point sur la partie méthodologie : vous ajoutez une ligne. Vous retirez un document que vous n’avez jamais ouvert. Le projet reste net.
Ce qu’il faut retenir
Vérifier que c’est passé
3 questions. Rien n’est enregistré, rien n’est envoyé : c’est pour vous.
Le projet de votre tâche la plus répétitive
Identifiez la tâche que vous confiez le plus souvent à Claude. Ouvrez trois conversations où vous l’avez faite, et surlignez tout ce que vous avez recopié à l’identique dans les trois : le contexte, les règles, le format, les interdits. C’est exactement le contenu de vos instructions de projet. Écrivez-les, créez le projet, et refaites la tâche pour voir ce qui manque encore.
Un indice, si vous bloquez
Ce que vous avez recopié trois fois sans y penser est ce qui compte. Ce que vous n’avez écrit qu’une fois relève probablement du cas particulier.