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Formation Claude

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Comprendre Claude

Comment Claude produit une réponse, comment il a été fabriqué, et pourquoi ce mécanisme explique à la fois tout ce qu’il fait bien et tout ce qu’il fait mal.

10 min de lecturePartie 1 — Le modèle

À la fin de ce chapitre, vous saurez

  • Expliquer en deux phrases ce qu’est Claude, sans métaphore et sans mysticisme
  • Prédire quelles tâches vont bien se passer et lesquelles vont mal tourner
  • Savoir ce que Claude a réellement sous les yeux quand il vous répond
  • Comprendre pourquoi la même demande donne deux réponses différentes
Dans ce chapitre
  1. Ce que c’est, concrètement
  2. Comment une réponse se fabrique
  3. Comment il a appris
  4. Ce qu’il a réellement sous les yeux
  5. Ce que le mécanisme explique
  6. Ce qui a changé, et pourquoi ça compte
  7. Ce qu’il faut retenir

Il y a deux façons de rater l’usage de cet outil. La première est de le prendre pour un moteur de recherche, et de s’étonner qu’il invente. La seconde est de le prendre pour un collègue, et de lui faire confiance comme à un collègue.

Les deux erreurs ont la même origine : on ne sait pas ce qu’il y a dessous. Ce chapitre le dit, sans métaphore. Tout ce qui suit dans la formation — la manière de formuler, les limites, les produits, l’API — n’est que la conséquence pratique de ce qui est décrit ici.

Ce que c’est, concrètement

Claude est un logiciel édité par Anthropic, une entreprise américaine de recherche en intelligence artificielle. On y accède par un site web, une application de bureau, des applications mobiles, des extensions dans d’autres logiciels, un terminal, et une interface de programmation.

Derrière toutes ces portes d’entrée, il y a la même chose : un modèle de langage. Un très gros fichier de nombres — plusieurs centaines de milliards — qui prend un texte en entrée et produit un texte en sortie.

C’est tout. Il n’y a pas de base de connaissances à côté, pas de moteur de règles, pas d’index consultable. Il y a un texte qui entre, et un texte qui sort.

Comment une réponse se fabrique

Le mécanisme tient en une phrase : le modèle prédit le morceau de texte suivant, encore et encore.

Détaillons, parce que tout est là.

Votre message est d’abord découpé en jetons — des fragments de mots. « Bonjour à tous » fait environ quatre jetons ; en français, un jeton vaut à peu près trois quarts de mot. Ce découpage n’a rien d’intelligent, c’est un simple encodage.

Le modèle lit cette suite de jetons et produit, pour le jeton suivant, non pas une réponse mais une distribution de probabilités sur tous les jetons possibles. Après « la capitale de la France est », le jeton « Paris » écrase tous les autres. Après « je pense que le meilleur moyen de », des milliers de candidats se tiennent.

Un jeton est alors tiré dans cette distribution — pas systématiquement le plus probable, sinon les réponses seraient ternes et répétitives. Ce jeton est ajouté au texte, et l’opération recommence. Mot après mot, jusqu’à la fin de la réponse.

Comment il a appris

Trois étapes, très inégales en durée.

Le pré-entraînement. On fait défiler devant le modèle une quantité de texte qu’aucun humain ne pourrait lire en plusieurs vies : livres, articles, documentation technique, code informatique, conversations, pages web. À chaque passage, on lui masque la suite et on lui demande de la prédire, puis on corrige ses paramètres selon son erreur. Des milliards de fois.

De cet exercice apparemment idiot émerge quelque chose de non trivial. Pour prédire correctement la fin de « le contrat prend effet le premier jour du mois suivant sa », il faut avoir intégré le vocabulaire juridique. Pour continuer une démonstration, il faut suivre la démonstration. Pour poursuivre un compte rendu de réunion, il faut avoir compris ce qui se joue dans une réunion.

L’ajustement. Un modèle pré-entraîné complète du texte, il ne répond pas à des questions. On lui montre alors des dizaines de milliers d’exemples de bonnes conversations pour lui apprendre le format : on pose une question, il répond ; on demande un document, il le produit.

L’apprentissage par retours. Des humains, puis des systèmes automatiques, comparent des réponses deux à deux et indiquent laquelle est meilleure. Le modèle est ajusté pour produire davantage de ce qui est préféré. C’est là que se forment l’utilité, le ton, et le refus de certaines demandes.

Ce qu’il a réellement sous les yeux

Voici le point le plus utile de tout le chapitre.

Au moment où Claude rédige, il ne dispose de rien d’autre que d’un seul texte. Ce texte contient, dans l’ordre :

  1. Une instruction système — écrite par Anthropic, complétée par les réglages de votre organisation, par votre style de réponse, par les instructions de votre projet.
  2. L’historique de la conversation — tous vos messages et toutes ses réponses depuis le début.
  3. Ce que vous avez joint — documents, images, extraits de fichiers.
  4. Le résultat des outils qu’il a utilisés : recherche web, exécution de code, connecteurs.
  5. Votre dernier message.

C’est ce qu’on appelle le contexte, et le chapitre 3 lui est entièrement consacré.

Tout ce qui ne figure pas dans ce texte n’existe pas pour Claude. Pas « il ne s’en souvient pas » : cela n’existe pas. Vos tarifs, la réunion d’hier, la raison pour laquelle vous ne travaillez plus avec ce fournisseur, le fichier que vous avez ouvert dans un autre onglet — rien de tout cela n’est accessible.

Ce que le mécanisme explique

Une fois qu’on a compris ce qui précède, on n’a plus besoin de mémoriser une liste de forces et de faiblesses : on les déduit.

Il est excellent pour transformer un texte qu’on lui donne. Reformuler, résumer, traduire, changer de ton, extraire, structurer. La matière première est sous ses yeux, il n’a rien à retrouver. C’est le terrain où il est le plus fiable, et de loin.

Il est excellent pour structurer une pensée floue. Vous exposez un problème en désordre, il renvoie une structure. Souvent, il ne vous apprend rien : il vous montre ce que vous saviez, rangé. C’est précisément ce dont on a besoin avant d’écrire.

Il est faible sur les faits précis restitués de mémoire. Numéros d’articles, dates, montants, titres d’études : ce sont des formes très régulières, donc très faciles à produire de façon vraisemblable. Le chapitre 4 traite la question en détail.

Il ne calcule pas. Sur des nombres écrits dans le texte, il produit un résultat qui ressemble à un calcul. La parade est excellente et tient en un geste : joindre le fichier plutôt que coller les chiffres. Il écrit alors un vrai calcul, l’exécute, et le résultat est calculé.

Il n’a aucune idée de ce qu’il ne sait pas. Un humain qui ignore hésite. Claude produit la suite la plus plausible, et une réponse assurée est plus fréquente dans ses données qu’une hésitation. Son assurance est un trait de style, pas une mesure.

Ce qui a changé, et pourquoi ça compte

Le modèle décrit jusqu’ici — un texte entre, un texte sort — est resté vrai. Ce qui a changé, c’est ce qu’on a construit autour.

Claude peut maintenant utiliser des outils : chercher sur le web, exécuter du code, lire vos fichiers, écrire dans vos applications. Techniquement, cela reste de la prédiction de texte — il produit une demande d’outil, le système l’exécute et lui renvoie le résultat dans son contexte, il continue.

Mais la conséquence pratique est considérable : beaucoup de ses faiblesses historiques deviennent contournables. Il ne sait pas calculer, mais il sait écrire un calcul et le faire exécuter. Il ne connaît pas l’actualité, mais il sait chercher. Il ne connaît pas vos données, mais il peut les lire.

C’est la ligne de partage entre un usage naïf et un usage compétent : le naïf demande à Claude ce qu’il sait ; le compétent lui donne de quoi le savoir.

La même question, trois niveaux de maîtrise

La situation

Vous voulez savoir si votre marge sur un produit a baissé, et pourquoi.

Niveau 1 — on demande ce qu’il sait

Demande à copier
Est-ce que les marges baissent dans mon secteur en ce moment ?

Vous obtenez des généralités plausibles sur l’inflation et la pression concurrentielle. Zéro information sur votre entreprise. Ce n’est pas une réponse, c’est un remplissage.

Niveau 2 — on lui donne la matière

Analyse de marge à partir des données réelles
Je joins mon fichier de ventes des 24 derniers mois : prix de vente,
coût d’achat et quantité par référence.

Calcule la marge unitaire et la marge globale par mois. Dis-moi si elle
baisse, de combien, et à partir de quand.

Distingue ce qui vient d’une baisse de prix de vente et ce qui vient
d’une hausse du coût d’achat.

Ne conclus pas sur les causes : donne-moi les chiffres et l’endroit où
la rupture se produit.

Le fichier est joint, donc le calcul est un vrai calcul. La dernière consigne empêche l’explication plausible de se déguiser en conclusion.

Niveau 3 — on lui donne aussi le contexte du métier

Analyse de marge avec le contexte de l’entreprise
[même demande, précédée de :]

Contexte : nous sommes grossiste en [secteur]. Nous avons changé de
fournisseur principal en mars, et nous avons accordé une remise de 4 %
à nos trois plus gros clients en septembre pour les retenir.

Après les chiffres, dis-moi lesquels de ces deux événements les données
permettent d’incriminer, et lesquelles restent inexpliquées.

C’est là que la réponse devient utile : elle vous dit ce que vos décisions ont coûté, et surtout ce qui reste inexpliqué — le point où il faut aller chercher.

Ce que cet exemple montre

Entre le niveau 1 et le niveau 3, le modèle est le même. Ce qui change, c’est ce qu’on a mis dans son contexte. C’est toute la formation en un exemple.

Ce qu’il faut retenir

Vérifier que c’est passé

3 questions. Rien n’est enregistré, rien n’est envoyé : c’est pour vous.

Question 1

Claude vous répond avec une grande assurance sur une question pointue. Que vaut cette assurance ?

Voir la réponse

C — Rien du tout : le ton assuré est plus fréquent dans ses données que le ton hésitant

Claude produit la suite la plus plausible. Dans les textes dont il a appris, une affirmation nette est plus courante qu’une hésitation — l’assurance est donc un trait de style, pas une mesure de fiabilité. Certains modèles nuancent mieux que d’autres, mais aucun ne transforme l’assurance en garantie.

Question 2

Vous posez deux fois exactement la même question, dans deux conversations neuves. Les réponses diffèrent. Pourquoi ?

Voir la réponse

B — Il choisit chaque mot parmi plusieurs candidats plausibles, et ce choix comporte une part d’aléa

À chaque mot, le modèle produit une distribution de candidats et en tire un. Cette part d’aléa est volontaire : sans elle, les réponses seraient rigides et répétitives. Conséquence pratique : une bonne réponse obtenue une fois n’est pas garantie la fois suivante — d’où l’intérêt de figer ce qui marche dans une compétence ou un projet.

Question 3

Qu’est-ce que Claude a réellement sous les yeux au moment où il rédige sa réponse ?

Voir la réponse

B — Une seule chose : un texte, composé de son instruction système, de l’historique de la conversation et de vos pièces jointes

C’est le point le plus utile de ce chapitre. Tout ce qui influence la réponse doit être dans ce texte. Ce qui n’y est pas — vos tarifs, la réunion d’hier, le fichier que vous n’avez pas joint — n’existe pas pour lui, quelle que soit l’évidence que cela représente pour vous.

Faire dire à Claude ce qu’il voit

Ouvrez une conversation neuve et écrivez : « Sans rien inventer, décris-moi précisément ce que tu as sous les yeux en ce moment : quelles instructions, quel historique, quels documents, quels outils disponibles. Si tu n’as accès à rien d’autre que ce message, dis-le. » Recommencez dans un projet contenant des documents, puis dans une conversation longue. Les trois réponses vous montreront concrètement ce que recouvre la notion de contexte.

Un indice, si vous bloquez

Claude n’a pas toujours le droit de recopier son instruction système, et il vous le dira. Ce qui compte ici, c’est la liste de ce dont il dispose, pas le texte exact.